Publié le 25 mai 2018 à 07h00 par François Duclos
dans Actualité, Perspective — 11 commentaires

La nouvelle présidente par intérim de la compagnie aérienne Air France a invité les syndicats à une rencontre, même si a priori rien n’est négociable avant la nomination du successeur de Jean-Marc Janaillac. L’intersyndicale est d’accord sur le principe, sans illusion.

Après quinze jours de grève menés entre février et mai par onze syndicats représentant tous les corps de métiers dans la compagnie nationale française, et la démission du PDG d’Air France-KLM suite au rejet de ses propositions par une majorités de salariés, rien ne devrait bouger jusqu’à la rentrée et le remplacement de la gouvernance de transition. Ce qui n’a pas empêché Anne-Marie Couderc, nommée présidente non-exécutive du groupe franco-néerlandais, de proposer une rencontre avec les syndicats : « outre la mission qui m’a été confiée de proposer dans les meilleurs délais au conseil d’administration une gouvernance définitive pour le groupe, je souhaite comme vous qu’Air France retrouve au plus vite une dynamique constructive dans l’intérêt de ses salariés mais aussi de ses clients », écrit-elle dans une lettre publiée par BFMTV. Une première rencontre symbolique puisque le groupe avait été très clair lors de l’annonce de la gouvernance de transition : Franck Terner, maintenu au poste de Directeur général d’Air France, « n’a pas de nouveau mandat pour prendre des décisions qui remettraient en cause la stratégie de croissance approuvée par le Conseil d’administration d’Air France-KLM ».

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Cette invitation est une réponse aux syndicats qui demandaient la semaine dernière « des mots et des actes susceptibles de purger le malaise profond qui perdure et de remettre rapidement Air France dans une dynamique positive ». Selon l’UNSA-PNC, l’intersyndicale s’est réunie hier et a « pris acte » de la réponse d’Anne-Marie Couderc, « qui reconnaît la nécessité de prendre en compte les demandes et la composante de l’Intersyndicale mais qui propose de recevoir d’abord les syndicats représentatifs individuellement ». Les syndicats ne peuvent « évidemment » qu’accepter cette proposition, mais elle reste pour l’instant « peu satisfaisante car elle ne donne pas de calendrier précis et rapide et ne propose pas une réunion avec l’ensemble de l’Intersyndicale ». Le syndicat d’hôtesses de l’air et stewards dit avoir contacté la présidente d’Air France pour lui signifier que « nous estimons qu’il y a urgence et que les rencontres avec les syndicats représentatifs doivent se faire avant le Conseil d’Administration extraordinaire du 30 mai, et qu’elle doit également proposer de recevoir l’Intersyndicale dans sa globalité avant la fin de semaine prochaine pour arrêter un calendrier de négociations serré ». L’UNSA-PNC refuse que la Direction joue la montre et « cherche à faire passer l’été tranquillement », car il est « urgent de purger la situation en recherchant un accord rapide de revalorisation salariale afin de mettre fin au plus long conflit de l’histoire d’Air France ». Après l’expression sans équivoque  de l’ensemble des salariés, une réponse favorable est « souhaitable », sans quoi l’Intersyndicale se verrait contrainte de relancer ce conflit.

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Les quinze jours de grève à Air France ont eu un coût estimé à 400 millions d’euros ; aucun préavis de grève n’a été déposé depuis la nomination d’Anne-Marie Couderc, qui devrait être remplacée d’ici la rentrée selon les vœux de Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie (l’Etat détient 14% du capital d’Air France-KLM, et 23% des voix). .

Rappelons que l’intersyndicale réclame une augmentation générale des salaires de 5,1% dès 2018 (plus 4,7% supplémentaires pour les pilotes), avec +3,8% au 1er avril (rattrapage d’inflation 2012-2017) et +1,3% en octobre (inflation prévisionnelle de 2018). En face, Air France a revu à la hausse l’augmentation qui n’avait été signée que par deux syndicats (CFDT et CFE-CGT représentant 31,3% des voix du personnel) : sa proposition d’accord, rejetée lors de la consultation de tous les employés, portait sur une augmentation générale de 2% en 2018, assortie d’un seuil minimum de 25 euros par mois, et une autre de 5% pour 2019, 2020 et 2021 (1,65% par an), assortie d’un seuil minimum de 40 euros par mois. Les salaires seraient selon la direction augmentés de 12,5% en moyenne sur la période (comprenant une augmentation générale de 7% pour toutes les catégories de personnel et les augmentations individuelles/GVT) ; mais ce « pacte de croissance » prévoit d’adapter l’augmentation dans le cas où le résultat d’exploitation d’Air France serait inférieur à 200 millions d’euros, et d’appliquer une clause de revoyure en cas d’inflation plus élevée ou de résultat négatif. Le rejet par 55% de l’ensemble du personnel de ces propositions a entrainé la démission de Jean-Marc Janaillac.

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